28.11.2005

Profession : taillandier


Olivier Loiseau est un homme heureux !
Qu'on nous pardonne d'entrée de jeu cette banalité� mais le bonheur peut-il être "banal"?


Issu d'une famille où le travail dit « manuel », hormis pour les tâches ménagères, ne représentait pas une nécessité de l'existence, Olivier a tout d'abord été orienté vers une école des Beaux-Arts : « Tu seras artiste, mon fils ! » Et de fait, une fois terminée sa formation, il sculpte et re-sculpte, avec une nette préférence pour la pierre. L'une de ses oeuvres monumentales est même exposée quelque part dans le XVè arrondissement de Paris.
Puis, à la faveur d'un de ces petits coups de bluff qui peuvent vous changer en moins de deux une existence, il se retrouve sur une autre voie, préparée il est vrai par une prédisposition cachée. Visitant, la vingtaine à peine sonnée, l'un des derniers magasins d'outils de taille artisanaux du côté du Faubourg Saint-Antoine, à Paris, il se risque, sans trop savoir pourquoi, à annoncer tout de go au maître des lieux : « Cela, je sais le faire ! » Entendons : « Je sais forger ce genre d'outils ! »
Et voilà notre jeune Olivier pris à son propre piège. Sans rien perdre de son aplomb, se rappelant qu'effectivement, alors qu'il était encore gamin, il avait déjà façonné quelques ustensiles de son invention, il se lance dans l'aventure. Oh ! Rien de bien reluisant au départ. Dans un coin d'une entreprise amie, il installe son enclume et fabrique sa propre forge avec de la terre glaise. À la fin du mois, les premières commandes sont honorées. « Je serai donc taillandier, mon père ! »

Cela se passait il y a seize ou dix-sept ans. Depuis, après avoir connu certains déboires, du genre incendie de sa maison, il s'est installé dans une ancienne ferme, en bordure d'un petit village de l'Essonne, à proximité immédiate de la campagne et de la vraie nature. Une partie des bâtiments est réservée à l'habitation, le reste et quelques appentis de fortune servant d'ateliers. L'entreprise « Metaloiso » tourne maintenant à temps plein. Le chiffre d'affaires dépend notamment d'un réseau d'une dizaine de revendeurs que notre artiste-artisan considère plutôt comme des mécènes que comme des commerciaux purs et durs.


« Metaloiso » a, conformément à sa vocation première, étoffé son catalogue d'outils de taille (pierre et bois) pour atteindre le millier de références, chacune étant évidemment personnalisée par son utilisation et sa destination (type de matériau, tradition régionale...), ainsi que par le savoir-faire du taillandier qui, après l'avoir lui-même pratiqué, connaît le « langage » de l'outil.
Parmi ses clients : de nombreux tailleurs de pierre, spécialisés notamment dans la restauration de monuments classés, et des entreprises locales de BTP qui viennent faire « rebattre » leurs pioches ou leurs bêches de marteaux-piqueurs.
L'entreprise a par la suite développé un deuxième volet de son activité : la métallerie-ferronnerie d'art. Et Olivier de commenter : « Nous avons la chance de fabriquer quelque chose d'unique, comme seuls peuvent encore le faire de nos jours les véritables artisans. Avec les autres compagnons au sein de l'entreprise, nous partageons la même conviction : le travail manuel qui est le nôtre ne nous est pas imposé, mais il est bien le fruit d'un libre choix, et sans doute même d'une commune passion. »
(article écrit en 1998)