28.11.2005
« Sentir le bois avec ses mains »
Bénévent-l’Abbaye est un village comme tant d’autres au cœur de la France dite « profonde ». Cette paisible localité de la Creuse vit paisiblement à l’écart des grands flux touristiques. Seuls, les deux clochers de l’église abbatiale y attirent l’attention : ils sont recouverts de « tuiles » de châtaignier. Ce détail architectural est d’ailleurs lié à une autre curiosité locale, à savoir une fabrique de bardeaux, vraisemblablement la dernière du genre dans notre pays. Cette entreprise familiale a été créée en 1956 par Marc Richard, un artisan formé sur le tas, qui a appris le métier (un métier apparemment sans nom, hormis celui bien banal de «fabricant de bardeaux») de son père, scieur de long, puis au sein de l’entreprise Leclair de Marsac. C’est aujourd’hui Joël Richard, fils de Marc, qui a pris la relève.
Les bardeaux (ou « essentes ») fabriqués à Bénévent-l’Abbaye sont presque exclusivement en châtaignier, la partie restante étant en chêne.
Outre le fait qu’il pousse abondamment et rapidement (une coupe tous les 25 ans), le châtaignier a en effet de nombreuses qualités : il est imputrescible (à condition que la pente de la toiture soit au minimum de 45 degrés), ne craint pas les parasites (hormis les termites), ne nécessite pas de traitement avant et après la pose, résiste très bien au vent et à la grêle… C’est en plus un parfait isolant thermique et acoustique. Une toiture en essentes de châtaignier peut durer au bas mot une centaine d’années. Sous l’effet du tanin et de l’humidité ambiante, elle s’obscurcira, mais ne variera pratiquement pas dans ses qualités d’isolation.
Les arbres utilisés pour la fabrication des bardeaux sont achetés sur pied et exploités directement par l’entreprise Richard. Une fois coupé en tronçons de 30-35 cm de longueur, le bois, encore vert, est fendu dans le sens du fil. Aujourd’hui, la fendeuse hydraulique a remplacé le « dépertoir » et le maillet. Mais Marc Richard s’empresse d’ajouter : « Je ne suis pas sûr que le résultat soit aussi fin qu’auparavant. Pour travailler le bois, il faut le sentir avec ses mains. Certains clients réclament des essentes parfaitement lisses et planes. Elles sont donc fabriquées à la scie. Mais, par la suite, elles vrillent très souvent : le bois prend sa revanche quand on ne le respecte pas ! »Les planchettes obtenues par la fente ont 30-35 cm de longueur et 6-12 cm de largeur. Elles sont alors fixées sur un chevalet (la « chèvre ») pour être travaillées à la plane. Leur épaisseur est réduite sur toute la surface pour atteindre 12 à 16 mm à la base et 2 à 4 mm au faîte, une légère courbe étant préservée. Chaque essente doit être bombée ou « cofine » pour mieux se plaquer, lors de la pose, sur l’essente fixée en dessous.
Reste un ultime travail de finition, effectué au « paroir ». Le bardeau standard, droit à la base, peut être chanfreiné pour permettre un meilleur écoulement de l’eau de pluie. Il peut également recevoir une forme d’écaille de poisson, de pointe de lance ou toute autre configuration demandée par le client.

23:05 Publié dans Marc Richard, fabricant de bardeaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bâtisseurs


