28.11.2005

Profession : cylindreur




Quelles étaient les conditions de travail des cylindreurs aux premières heures des entreprises routières ? Des anciens de l'ex-entreprise Veuve Gaëtan Brun (Blois) s'en souviennent, non sans émotion.
De 1950 à 1960, Suzanne et Jacques Quinet n'ont eu d'autre cadre de vie que celui de divers chantiers en Loir-et-Cher, Indre-et-Loire et Seine-et-Marne. À la vitesse de 4-5 km à l'heure, ils avaient besoin de plusieurs jours pour se rendre sur place à partir du dépôt blésois. Il fallait bien rythmer son allure sur celle du mastodonte d'acier avec lequel on allait désormais faire vie commune ! On partait pour environ trois ans, au terme desquels on revenait à la case départ pour une révision totale du matériel. C'est là qu'intervenaient des mécaniciens plus spécialisés.
Un camion, piloté par Eusèbe Beignet, partait régulièrement du dépôt pour approvisionner les cylindreurs en fuel, huile, chiffons et pioches. Mais dans le déroulement quotidien du chantier, le cylindreur était seul responsable de l'état de son outil de travail. Il devait notamment faire face aux éventuels pépins ou ennuis techniques plus sérieux et entreprendre sur place les réparations nécessaires. Faute de temps en semaine, il consacrait son dimanche aux travaux d'entretien courant, cuivres y compris qu'il se faisait un devoir d'astiquer.
D'étape en étape selon l'avancement du chantier, la roulotte suivait. Complément indispensable du cylindre, elle était la seule résidence du foyer, puis éventuellement de la famille.
Bien sûr, l'espace et le confort y étaient plutôt sommaires. Pour tous accessoires et ustensiles affectés à la roulotte et pris en compte par le mécanicien, un inventaire de 1945 dressait la liste suivante : une cuisinière avec tuyaux, un tisonnier, un seau et une pelle à charbon, un seau à eau, une lampe à pétrole avec support, deux chaises, une table, un buffet, deux armoires, un sommier métallique à tendeurs, un escabeau, deux écriteaux avertisseurs, quatre cadenas pour les coffres.
Pour l'eau courante, le branchement électrique et les commodités, on faisait appel aux voisins, selon que la roulotte était stationnée sur une place de village ou à proximité d'une ferme. En échange, le cylindreur égalisait un terrain, une cour, un chemin.
Quant aux enfants en âge d'être scolarisés, ils devaient s'adapter à l'école locale. Puis on frappait à la porte d'une autre école lorsque toute la petite famille se déplaçait pour suivre la progression du chantier.Quelles étaient les conditions de travail des cylindreurs aux premières heures des entreprises routières ? Des anciens de l'ex-entreprise Veuve Gaëtan Brun (Blois) s'en souviennent, non sans émotion.
De 1950 à 1960, Suzanne et Jacques Quinet n'ont eu d'autre cadre de vie que celui de divers chantiers en Loir-et-Cher, Indre-et-Loire et Seine-et-Marne. À la vitesse de 4-5 km à l'heure, ils avaient besoin de plusieurs jours pour se rendre sur place à partir du dépôt blésois. Il fallait bien rythmer son allure sur celle du mastodonte d'acier avec lequel on allait désormais faire vie commune ! On partait pour environ trois ans, au terme desquels on revenait à la case départ pour une révision totale du matériel. C'est là qu'intervenaient des mécaniciens plus spécialisés.
Un camion, piloté par Eusèbe Beignet, partait régulièrement du dépôt pour approvisionner les cylindreurs en fuel, huile, chiffons et pioches. Mais dans le déroulement quotidien du chantier, le cylindreur était seul responsable de l'état de son outil de travail. Il devait notamment faire face aux éventuels pépins ou ennuis techniques plus sérieux et entreprendre sur place les réparations nécessaires. Faute de temps en semaine, il consacrait son dimanche aux travaux d'entretien courant, cuivres y compris qu'il se faisait un devoir d'astiquer.

D'étape en étape selon l'avancement du chantier, la roulotte suivait. Complément indispensable du cylindre, elle était la seule résidence du foyer, puis éventuellement de la famille.
Bien sûr, l'espace et le confort y étaient plutôt sommaires. Pour tous accessoires et ustensiles affectés à la roulotte et pris en compte par le mécanicien, un inventaire de 1945 dressait la liste suivante : une cuisinière avec tuyaux, un tisonnier, un seau et une pelle à charbon, un seau à eau, une lampe à pétrole avec support, deux chaises, une table, un buffet, deux armoires, un sommier métallique à tendeurs, un escabeau, deux écriteaux avertisseurs, quatre cadenas pour les coffres.
Pour l'eau courante, le branchement électrique et les commodités, on faisait appel aux voisins, selon que la roulotte était stationnée sur une place de village ou à proximité d'une ferme. En échange, le cylindreur égalisait un terrain, une cour, un chemin.
Quant aux enfants en âge d'être scolarisés, ils devaient s'adapter à l'école locale. Puis on frappait à la porte d'une autre école lorsque toute la petite famille se déplaçait pour suivre la progression du chantier.
Malgré les difficultés d'une telle vie itinérante, Suzanne et Jacques parlent de ces années avec une certaine nostalgie. Avec surtout une réelle fierté. Dans le salon de la maison qu'ils habitent aujourd'hui, ils exhibent la maquette en bois de leur cylindre et de leur roulotte d'antan. Et de commenter, le regard un brin malicieux : « C'est dans cette roulotte que nous avons fait notre voyage de noces ! »


Eh oui ! En ces temps-là, la vie des chantiers avait une saveur particulière. Celle sans doute que connaissent tous les défricheurs...

Il a osé le fer

La tour Eiffel n'a évidemment plus aucun secret pour personne. Mais connaissez-vous la tour Travert ? Si ce n'est pas le cas, lorsque la route de vos vacances ou d'un week-end au coeur de la France profonde vous emmènera en Anjou, faites donc un crochet du côté de Fougeré, un sympathique et paisible patelin du Maine-et-Loire. C'est là qu'Henri Travert, la septantaine dépassée mais toujours rayonnante, vous parlera de l'histoire de « sa » tour.


Il aura fallu quelque 4 000 heures de travail à cet ancien maçon pour réaliser son rêve un peu fou. Pas question pour lui de copier dans le menu détail, en modèle réduit (pesant quand même 9 tonnes !), la célèbre tour parisienne. Il s'en est pourtant inspiré, dans la configuration générale et le matériau utilisé. Mais alors, question fer, notre brave Henri n'y est pas allé de main morte ! Imaginez un peu : il a mis bout à bout la bagatelle de 7 500 fers à cheval, dénichés auprès des maréchaux-ferrants du coin et de l'armée, cette incorruptible institution étant quand même venue enquêter sur place pour vérifier si lesdits fers ne faisaient pas l'objet de quelque frauduleux commerce.
Pour souder toutes les pièces de ce gigantesque puzzle par éléments d'un mètre, 2 800 électrodes y ont été de leurs bons et loyaux services avant de rendre l'âme. « Au sommet de ma tour, commente notre génial bricoleur, je savais enfin souder ! »
Passons sur les tracasseries pour le permis de construire ! Le député local a eu l'excellente idée de tout arranger. Heureusement pour les zélés représentants de l'administration, car ils risquaient, dixit l'impertinent Henri, de se retrouver face à un fusil de chasse !
C'est ainsi que la tour Travert a été inaugurée en grande pompe le 7 novembre 1982, en présence de 3 000 personnes. Peinte initialement en jaune, puis en bleu-blanc-rouge pour célébrer le bicentenaire de la Révolution française, c'est toujours sous ces couleurs républicaines qu'elle domine de ses 16 mètres de hauteur la campagne environnante. On vient la voir d'un peu partout, même de l'étranger.
Les Monuments historiques - rien que cela ! - s'intéresseraient, semble-t-il, à cette curiosité touristique. Mais pour l'heure, celle-ci n'a pas encore l'âge vénérable requis pour figurer dans un quelconque inventaire. Quoi qu'il en soit de ces honneurs à venir, elle attend votre visite. Sur place, ne détournez surtout pas votre regard d'une petite boîte installée au premier plan, presque dissimulée au milieu d'un énorme fer à cheval, sur laquelle vous lirez : « Merci pour le courage ! »

« Sentir le bois avec ses mains »


Bénévent-l’Abbaye est un village comme tant d’autres au cœur de la France dite « profonde ». Cette paisible localité de la Creuse vit paisiblement à l’écart des grands flux touristiques. Seuls, les deux clochers de l’église abbatiale y attirent l’attention : ils sont recouverts de « tuiles » de châtaignier. Ce détail architectural est d’ailleurs lié à une autre curiosité locale, à savoir une fabrique de bardeaux, vraisemblablement la dernière du genre dans notre pays. Cette entreprise familiale a été créée en 1956 par Marc Richard, un artisan formé sur le tas, qui a appris le métier (un métier apparemment sans nom, hormis celui bien banal de «fabricant de bardeaux») de son père, scieur de long, puis au sein de l’entreprise Leclair de Marsac. C’est aujourd’hui Joël Richard, fils de Marc, qui a pris la relève.


Les bardeaux (ou « essentes ») fabriqués à Bénévent-l’Abbaye sont presque exclusivement en châtaignier, la partie restante étant en chêne.
Outre le fait qu’il pousse abondamment et rapidement (une coupe tous les 25 ans), le châtaignier a en effet de nombreuses qualités : il est imputrescible (à condition que la pente de la toiture soit au minimum de 45 degrés), ne craint pas les parasites (hormis les termites), ne nécessite pas de traitement avant et après la pose, résiste très bien au vent et à la grêle… C’est en plus un parfait isolant thermique et acoustique. Une toiture en essentes de châtaignier peut durer au bas mot une centaine d’années. Sous l’effet du tanin et de l’humidité ambiante, elle s’obscurcira, mais ne variera pratiquement pas dans ses qualités d’isolation.

Les arbres utilisés pour la fabrication des bardeaux sont achetés sur pied et exploités directement par l’entreprise Richard. Une fois coupé en tronçons de 30-35 cm de longueur, le bois, encore vert, est fendu dans le sens du fil. Aujourd’hui, la fendeuse hydraulique a remplacé le « dépertoir » et le maillet. Mais Marc Richard s’empresse d’ajouter : « Je ne suis pas sûr que le résultat soit aussi fin qu’auparavant. Pour travailler le bois, il faut le sentir avec ses mains. Certains clients réclament des essentes parfaitement lisses et planes. Elles sont donc fabriquées à la scie. Mais, par la suite, elles vrillent très souvent : le bois prend sa revanche quand on ne le respecte pas ! »
Les planchettes obtenues par la fente ont 30-35 cm de longueur et 6-12 cm de largeur. Elles sont alors fixées sur un chevalet (la « chèvre ») pour être travaillées à la plane. Leur épaisseur est réduite sur toute la surface pour atteindre 12 à 16 mm à la base et 2 à 4 mm au faîte, une légère courbe étant préservée. Chaque essente doit être bombée ou « cofine » pour mieux se plaquer, lors de la pose, sur l’essente fixée en dessous.
Reste un ultime travail de finition, effectué au « paroir ». Le bardeau standard, droit à la base, peut être chanfreiné pour permettre un meilleur écoulement de l’eau de pluie. Il peut également recevoir une forme d’écaille de poisson, de pointe de lance ou toute autre configuration demandée par le client.

Quelques références de l’entreprise Richard : le Mont-Saint-Michel, l’église Sainte-Catherine à Honfleur, le Puy-du-Fou, le moulin d’Ancenis, la pagode de Vincennes… 11:45 Publié dans Le bois dans la construction |