21.11.2005
FOLON: les rêveries d'un promeneur non solitaire

Pour mieux approcher la personnalité de Jean-Michel Folon, compatriote de ces grands disparus que furent Magritte, Brel et Simenon, voici quelques-unes des réponses qu'il apporte au questionnaire de Marcel Proust. Sa vertu préférée: aimer la vie. Son principal trait de caractère: la tolérance. Son principal défaut: un projet par jour. Sa principale qualité: réaliser ses projets. Son occupation préférée: regarder la vie. Son rêve de bonheur: comprendre la vie. Ce qu'il voudrait être à part lui-même: un oiseau. L'oiseau qu'il préfère: l'albatros. Son peintre préféré: Seurat. Ses héros dans la vie quotidienne: les artisans. Ses héros dans l'histoire: Adam et Ève. Ce qu'il déteste par-dessus tout: la jalousie. Le personnage historique qu'il n'aime pas: Napoléon. Les faits historiques qu'il méprise le plus: les conquêtes. La réforme qu'il estime le plus: la suppression de la peine de mort. Le don de la nature qu'il aimerait avoir: nager comme un poisson. Comment il aimerait mourir: en s'envolant. L'état présent de son esprit: partager.
« Partager »: ce mot résume à lui seul l'originalité artistique de Folon. Il est également à l'origine de la création d'une fondation qui porte son nom et qui a vu le jour, courant 2001, au château de La Hulpe, près de Bruxelles.
Quelles que soient les techniques mises en oeuvre par l'artiste - aquarelle, sculpture, illustration d'ouvrages littéraires -, celui-ci est guidé par le désir de « dire la beauté du monde », de lui redonner les couleurs de l'espoir.
Les thèmes les plus fréquents de son oeuvre tiennent en quelques termes: la nature, l'environnement, regarder, partir, s'envoler pour aller se poser ailleurs. Mais, condition tragique de notre condition humaine, « notre pensée a beau voler au-dessus d'une montagne, nous restons toujours sur place ».
Gourmand de découverte et de liberté, Folon fait appel, certes, aux rencontres de ses nombreux voyages à l'étranger, mais surtout à son « lointain intérieur » pour nourrir son inspiration. Imaginer pour connaître, connaître pour imaginer: où est en vérité la frontière du réel? Le petit homme apparaissant sur tant de tableaux est revêtu d'un banal pardessus et d'un chapeau qui contient son imagination. Ses yeux toutefois sont grands ouverts et, guidé par l'oiseau auquel il s'identifie, il prend à son tour son envol.
Folon considère l'art comme un « refuge ». Il invente, parce qu'il en a besoin, des arcs-en-ciel aux couleurs chatoyantes. Il crée des horizons sans limites où l'homme se joue de la pesanteur, tel un poète ou un étonnant équilibriste. Pour autant, il ne fuit pas la réalité de la parfois noire banalité quotidienne. Mais le regard artiste permet d'y déceler, en dépit de tout, des couleurs d'espoir, telles les teintes frémissantes de l'aube précédant l'aurore, ou encore l'embrasement d'un ciel d'été au coucher du soleil.
Il n'est pas exclu que soient abordés par l'artiste des thèmes ou situations autrement plus austères, voire d'une extrême gravité, comme la peine de mort ou les Droits de l'Homme. Mais ici encore, pour reprendre les termes de l'écrivain américain Ray Bradbury dont il a illustré les Chroniques martiennes, Folon apporte « des réponses simples à des questions compliquées ».
Nous l'ignorions: Folon a suivi une formation d'architecte. Déçu par l'enseignement reçu qui privilégiait la copie du passé au détriment de l'incitation à la création, il a mis fin à ses études une année avant les examens pour l'obtention du diplôme. Mais, commente-t-il aujourd'hui, « j'ai fondamentalement la nostalgie de ne pas être architecte: j'aurais aimé construire des villes plutôt que de les dessiner ».
Certaines de ses �uvres traduisent ainsi des cités oppressantes, asphyxiantes, inspirées par un gigantisme systématique et délirant. Les immeubles y sont entièrement construits de briques, figés dans l'immobilisme de ce matériau dont sont également prisonniers les arbres, les nuages, les passants et même les oiseaux. Et pourtant, l'architecture n'est-elle pas « l'art le plus complet »? À condition toutefois que l'architecte « ait la liberté de créer ».
Fort de son expérience et de sa volonté de s'écarter de tout académisme servile, Folon revendique pour lui-même cette liberté, devenant par là même ce qu'il a toujours rêvé d'être: architecte! Il n'est point d'artiste qui ne soit d'abord créateur, dans le même temps à l'écoute de ses vibrations intimes et conscient de la commune condition humaine.
La cité dépeinte par Folon est à la fois imaginaire et réelle, reflet d'un pessimisme ambiant et d'un optimisme résolu. L'homme qui la traverse a encore le regard bas et le pas pesant. Mais nul ne saurait interdire à l'artiste-architecte de dessiner aussi des albatros. De faire place au rêve: «L'oiseau a quelque chose d'autobiographique. Si je n'étais pas l'homme représenté dans mes images, j'aimerais être l'oiseau. J'ai toujours envie de m'envoler, de bouger, de partir dialoguer avec le vent.»
(mai-juin 2001)
Jean-Michel Folon est décédé le 20 octobre 2005, à l'âge de 71 ans, des suites d'une leucémie. Un récapitulatif de ses oeuvres peut être consulté sur le site
http://www.folon-art.com/
14:30 Publié dans Folon, artiste peintre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Portraits

