28.11.2005

Il a osé le fer

La tour Eiffel n'a évidemment plus aucun secret pour personne. Mais connaissez-vous la tour Travert ? Si ce n'est pas le cas, lorsque la route de vos vacances ou d'un week-end au coeur de la France profonde vous emmènera en Anjou, faites donc un crochet du côté de Fougeré, un sympathique et paisible patelin du Maine-et-Loire. C'est là qu'Henri Travert, la septantaine dépassée mais toujours rayonnante, vous parlera de l'histoire de « sa » tour.


Il aura fallu quelque 4 000 heures de travail à cet ancien maçon pour réaliser son rêve un peu fou. Pas question pour lui de copier dans le menu détail, en modèle réduit (pesant quand même 9 tonnes !), la célèbre tour parisienne. Il s'en est pourtant inspiré, dans la configuration générale et le matériau utilisé. Mais alors, question fer, notre brave Henri n'y est pas allé de main morte ! Imaginez un peu : il a mis bout à bout la bagatelle de 7 500 fers à cheval, dénichés auprès des maréchaux-ferrants du coin et de l'armée, cette incorruptible institution étant quand même venue enquêter sur place pour vérifier si lesdits fers ne faisaient pas l'objet de quelque frauduleux commerce.
Pour souder toutes les pièces de ce gigantesque puzzle par éléments d'un mètre, 2 800 électrodes y ont été de leurs bons et loyaux services avant de rendre l'âme. « Au sommet de ma tour, commente notre génial bricoleur, je savais enfin souder ! »
Passons sur les tracasseries pour le permis de construire ! Le député local a eu l'excellente idée de tout arranger. Heureusement pour les zélés représentants de l'administration, car ils risquaient, dixit l'impertinent Henri, de se retrouver face à un fusil de chasse !
C'est ainsi que la tour Travert a été inaugurée en grande pompe le 7 novembre 1982, en présence de 3 000 personnes. Peinte initialement en jaune, puis en bleu-blanc-rouge pour célébrer le bicentenaire de la Révolution française, c'est toujours sous ces couleurs républicaines qu'elle domine de ses 16 mètres de hauteur la campagne environnante. On vient la voir d'un peu partout, même de l'étranger.
Les Monuments historiques - rien que cela ! - s'intéresseraient, semble-t-il, à cette curiosité touristique. Mais pour l'heure, celle-ci n'a pas encore l'âge vénérable requis pour figurer dans un quelconque inventaire. Quoi qu'il en soit de ces honneurs à venir, elle attend votre visite. Sur place, ne détournez surtout pas votre regard d'une petite boîte installée au premier plan, presque dissimulée au milieu d'un énorme fer à cheval, sur laquelle vous lirez : « Merci pour le courage ! »