21.11.2005
Luc VANHERCKE: l'homme qui redonne la parole aux murs
Luc Vanhercke se présente lui-même comme un « non-conformiste acceptable ». Mais ne lui dites surtout pas qu'il est un original ; il le prendrait mal. On ne peut cependant qu'être ébahi par le caractère singulier et hétéroclite des hobbies de cet informaticien belge.Il porte tout d'abord deux casquettes (Bartolomeo Mecanico et Bernardo Molinero) pour quatre centres d'intérêt. Avec un seul et même but : le plaisir de cultiver ses passions.
Première passion : des espèces de bestioles noirâtres aux longues pattes-mâchoires, qu'on appelle bêtement des araignées, mais qui ont droit, dans la terminologie vanherckienne, au nom savant d' « opilions ».
Deuxième passion : les moulins à eau d'Aragon, véritable « culture oubliée ».
En troisième position, vient la chasse aux images de signalisation routière. Tous pays confondus, la recherche est ici limitée ici soit aux panneaux représentant des enfants à proximité d'une école, soit aux panneaux de chantier ou encore ceux mentionnant un danger de chute de pierres. Pourquoi ce choix ? Le non-conformisme ne se justifie pas !
Vient enfin la dernière passion : les publicités routières. La moisson d'images recueillies au hasard des voyages par Luc et une vingtaine d'amis adeptes du déclic photographique est classée en diverses rubriques : alcools, bières, autres boissons, alimentation, soins corporels, shopping, maison et jardin, lessive et entretien, électroménager, huiles et carburants, lubrifiants, etc. Et Luc de préciser illico : « Tous les murs peints ne méritent pas de figurer dans la collection. Les conditions d'admission sont très strictes. »

Quelles sont donc ces conditions ?
Sont refusées d'emblée toutes les publicités sur le site même, comme les enseignes de restaurant ou de magasin du genre « Ici, c'est mieux qu'en face », quelle que soit la qualité esthétique du message.
Ne sont retenues que les publicités génériques (promotion d'une marque, d'un produit, d'un service), peintes à même le support mural et non sur une toile ou une plaque émaillée. Derechef, pourquoi ce choix ? Voir plus haut la réponse à la même question.
Ce faisant, Luc Vanhercke tire quelques conclusions sur l'art et la manière de la publicité avant que celle-ci ne devienne ce qu'elle aujourd'hui, à savoir un produit rapidement périssable.
Autrefois, ou même encore hier, chaque publicité était une oeuvre unique, celle d'un artiste ou d'une équipe d'artistes (les « pignonistes » ou « étiquettistes ») qui pouvait sillonner un pays entier pour le compte d'une marque donnée. L'�uvre était bien sûr adaptée au site, au support mural, à la seule condition d'être immédiatement lisible et compréhensible pour les passants. Elle était donc généralement implantée sur un axe important de circulation et porteuse d'un message court, direct, facilement mémorisable : « Buvez ceci, buvez cela ! C'est bon pour la santé.» Pas besoin de jeux de mots alambiqués, ni de montage d'images complexe. Le message était clair et pouvait rester en place un bon laps de temps.
« Le coût de la peinture, précise Luc, était amorti sur plusieurs années, alors que de nos jours, toute publicité se voit rapidement recouverte par une autre, avant même de se détériorer ou d'avoir délivré pleinement son message. »
Cela n'allait pas sans une certaine naïveté qui peut aujourd'hui faire sourire. Il n'empêche que ces « réclames », désormais victimes de l'oubli des automobilistes grisés de vitesse, parfois recouvertes de lierre ou dans un état lépreux, sont d'authentiques oeuvres d'un art « primitif ». Globalement, elles représentaient comme un vaste musée de plein air, témoin d'une histoire et d'une époque révolues.

Luc Vanhercke ne tient pas à être pris pour un « psychopathe de la pub ». Pour lui, seule l'idée compte, autrement dit la valeur ethnologique de sa quête d'images du passé, comme autant de témoins des rêves et de la vie quotidienne de nos prédécesseurs. Ce qui ne l'empêche pas d'espérer une hypothétique renaissance des publicités peintes sur les murs : « De temps en temps, mais pas assez souvent, nous trouvons une publicité peinte moderne. À chaque fois, c'est un moment privilégié qui provoque chez moi un rêve éveillé. »
Un mur aveugle n'a-t-il pas meilleure allure s'il est peint, avec éventuellement un joli trompe-l'�il, au lieu d'être défiguré par un panneau standardisé ? La pérennité d'un mur peint ne témoigne-t-elle pas par ailleurs de la tradition et de la fiabilité d'un produit ? Et pendant qu'on y est, pourquoi ne pas revenir à des slogans courts et limpides au lieu de se laisser aller à une logorrhée publicitaire à la subtilité parfois ténébreuse ?
Il serait injuste toutefois de ne voir en Luc Vanhercke qu'un passéiste fidèle, contre les vents et les marées du modernisme, à la bonne vieille « réclame » d'antan. Il avoue savoir tenir compte des dures réalités du monde de la pub. Mais contre la cacophonie incessante des images qui harcèlent notre environnement quotidien, il en est convaincu : les vieilles pubs routières font partie de notre héritage culturel commun. Comme telles, elles doivent être mémorisées, sauvegardées, voire restaurées.
Les murs n'ont donc pas seulement des oreilles. Ils peuvent aussi parler, retrouver la parole. A bon entendeur, salut !
http://www.elve.net/
14:35 Publié dans Luc Vanhercke, collectionneur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Portraits


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